La structure masochiste de tout fantasme fondamental peut se déduire de la théorie freudienne du masochisme originaire, en tant que phénomène contemporain du refoulement originaire et de la fondation de l'inconscient du sujet. Il indique précisément un reste par rapport au refoulement et une fêlure dans la constitution du savoir inconscient, lorsque virtuellement la répétition pure se substitue à l'articulation signifiante et devient pulsion de mort. C'est dans "Pulsions et destins des pulsions", en 1915, que Freud révolutionne sa manière de penser l'opposition entre sadisme et masochisme, non plus comme deux actions séparées et complémentaires, mais comme la mutation elle-même de l'actif au passif dans le cadre du circuit pulsionnel. Au départ, la pulsion s'assimile à un pouvoir et à un désir sadique de captation, de maîtrise des objets : manger c'est détruire, attraper c'est casser. Le narcissisme intervient dans ce processus en relayant la simple satisfaction auto-érotique de la pulsion partielle, sans faire encore de ce sadisme primitif un mode de jouissance, mais en constituant et mémorisant la source organique de la pulsion dans la région musculaire concernée. La source constitue aussi bien le point de retour de la pulsion sur le corps propre, passant maintenant à la voie passive, ce qui implique l'abandon de l'objet, son ébauche de symbolisation et donc la première apparition du "sujet" en lieu et place de l'objet absent. Logiquement et chronologiquement, la jouissance apparaît donc avec le masochisme, à partir du moment où la douleur ou même la simple passivité prennent valeur pour le sujet de stimulation sexuelle. Quant à la jouissance sadique proprement dite, elle reste secondaire et suppose une identification masochiste préalable, plus fondamentale, se contentant d'effectuer un changement de rôle (maintenant actif) mais non un changement de place (celle de l'objet).























