Les différents types de névroses

 

La famille Freud...


La névrose obsessionnelle

La névrose obsessionnelle, la plus redoutable, situe le symp­tôme en lieu et place du Père symbolique. Confondre la Loi, donc, avec les tortures et les contorsions morales dont il s’agit dans l’obsession paraît en effet particulièrement grave. Comme en toute névrose, la loi se présente sous forme d’un impératif, et plus exactement comme obligation. L’obsessionnel est quelqu’un qui passe son temps à s’obliger à respecter tel ou tel rituel quotidien, à exécuter telle ou telle besogne particulièrement fastidieuse, à réaliser des exploits invraisemblables dont il est le seul à savoir les mérites... etc. La Loi est donc interprétée comme ce gendarme, comme ce père sévère (sur-moi) qui surveille en permanence imaginairement le névrosé.

L’on peut donc supposer que l’obsessionnel a quelque chose à se repro­cher inconsciemment, et que ce comportement étrange résulte d’un profond sentiment de culpabilité qu’il tente, par son symptôme (ces con­traintes, ces compulsions), de conjurer (il y a aussi tout un aspect superstitieux dans l’obsession). Culpabilité que nous avons appris à situer au niveau de l’Œdipe, naturellement. Quant aux rapports qu’entretient l’obsessionnel avec le père imagi­naire (survalorisé), ils sont marqués en général par une terrible crainte de décevoir, qui explique du reste cet arsenal de con­traintes. Ce qui arrête ce névrosé face à son désir, c’est l’image du père trop présente, qui lui a en quelque sorte depuis toujours volé son désir. La seule chose qu’attend l’obsessionnel pour « enfin vivre », c’est la mort du père. D’où cette véritable obsession de la mort, vécue par l’obsessionnel sous un mode encore des plus culpabilisant. (cf. « L’homme aux rats », Freud) 

L’hystérie

L’hystérie situe le symptôme au niveau du moi du sujet, c’est-à-dire en toute rigueur au niveau somatique. La Loi de l’hystérique est très proprement le désir interdit ; l’hystérique « s’interdit de » là où l’obsessionnel « s’oblige à ». Étant donné le rôle joué par l’hystérique, celui du père réel (mais vu imaginai­rement), ses symptômes seront en priorité « empruntés » imaginairement à la personne du père (des affections qui chez lui ne sont pas forcément des symptômes) ; emprunt qui constitue l’identification même. Ce père apparaît comme dévalorisé : in­firme, bafoué, trompé, impuissant et tout ce que l’on voudra — et aimé d’autant plus pour cela par l’hystérique. Son problème consiste donc à s’identifier à ce père, encore qu’elle puisse aussi s’identifier aux êtres (essentiellement féminins) en qui il/elle va chercher réponse à sa question principale : « qu’est-ce qu’une femme? » (cf. « Le cas Dora », Freud). C’est peu dire que la question de la féminité la préoccupe, tout comme (c’est presque la même chose) celle de la maternité. Son effort consiste à s’enquérir au­près d’autres femmes des éléments de réponse ; c’est ce qui donne à l’hystérique ce versant quelque peu (mais faussement) ho­mosexuel. En réalité, c’est seulement le désir de l’autre femme qu’elle cherche, et non la femme comme telle. Comme elle s’identifie à un père faible, la vie sexuelle de l’hystérique se caractérise par une sorte de complaisance dans l’insatisfaction. Il est vrai que la question de son désir a de quoi la laisser insatisfaite voire « interdite ». Car la réponse n’est pas donnée : derrière le dé­sir de l’hystérique, il y a sans doute ce désir œdipien pour le père (mais il s’est changé en amour), et il y a surtout le désir œdi­pien pour la mère, dont la castration (d’où l’expression de « mère phallique ») n’est toujours pas acceptée. 


La phobie

La phobie situe le symptôme au niveau de l’objet, c’est-à-dire de la mère. Il existe une dialectique de l’angoisse et de la peur très subtile dans la phobie. La phobie au sens propre consiste dans un sentiment compulsif de peur et d‘angoisse envers un être ou un objet quel­conque. Il se trouve que ces objets sont souvent empruntés à un « fonds » imaginaire commun aux hommes d’une culture donnée (le serpent, l’araignée, etc.). L’important est plutôt ce que ces objets représentent : dans la mesure où ils causent l’angoisse, on peut dire qu’ils représentent la mère. Mais justement, « l’angoisse n’est pas liée à la peur d’un objet mais à la confrontation du sujet à une absence d’objet, à un manque d’être où il est happé, où il se perd et à quoi tout est préférable, jusqu’à forger le plus étrange des objets, celui d’une phobie » (Lacan, Séminaire IV, 1956/57). Donc, une fois que la peur apparaît, comme pour boucher l’angoisse, ce n’est plus la mère que l’objet représente mais plutôt le père menaçant et violent. Mais quand même : c’est l’angoisse qui prédomine, et c’est la relation à la mère qui cause tout ce désordre dans la vie affective du sujet. La phobie ne veut pas dire autre chose que ceci : le sujet voudrait bien voir apparaître un peu plus souvent le père dans sa vie (et il l’imagine sous cette forme violente) pour le li­bérer de l’étreinte maternelle, où son désir se voit étouffé sous l’angoisse. 


Le transfert

Le transfert apparaît bien comme un type de névrose, bien qu’il soit considéré plutôt comme la façon de faire face aux névroses. Mais pour cela, il faut bien compenser nos névroses réellement pathologiques par une névrose fictive. Cela consiste à faire apparaître le désir dans la parole, et non plus dans le monde. Cette parole est représentée par le psychanalyste, même s’il ne parle pas lui-même. Le désir, articulé par le patient, apparaît comme un symptôme dans les coupures que ménage le psychanalyste à seule fin de ponctuer ce discours. Ponctuation qui n’est autre que pulsation, palpitation du désir.

dm


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