Symbolique, Réel, Imaginaire : les dit-mentions du Sujet

 

"Schéma R" de Lacan


Sujet

Nous avancerons dans ce court article quelques définitions conceptuelles renvoyant à la théorie de Jacques Lacan. Celui-ci a modernisé la théorie de Freud en la formalisant, en l’épurant du langage encore trop psychologique et « familiariste » de ses débuts.

On définira tout d’abord le sujet comme le support (non substantiel), le « lieu » (non localisable), ou mieux encore l’index de tous les phénomènes inconscients apparaissant chez un individu. Selon les prémisses de la théorie freudienne, il est identiquement « sujet du désir ». Si l’on veut articuler correctement les rapports d’un sujet avec la loi de son désir, il convient de distinguer dans ce sujet trois instances ou trois dimensions : Réel, Imaginaire et Symbolique. Et ne jamais perdre de vue que ces trois ordres n’existent et ne sont pertinents que par rapport à un Sujet (et non en soi). Au total, le sujet en ses trois dimensions (dit-mentions : car un sujet ne va pas sans « dire ») forment une structure quaternaire.


Symbolique

Le Symbolique se définit par le jeu réglé des signifiants (verbaux) dans le langage. Ce jeu fait état de la dépendance et donc de l’équivalence de tous les signifiants les uns par rapport aux autres, ce qui fonde une synchronie (= simultanéité) représentée par l’« Autre » (qui à la fois symbolise et ordonne qu’il faille toujours un « autre » signifiant pour un signifiant). Le Sujet se déduit en réalité de cette dimension symbolique, ou plutôt signifiante. Par « signifiance », il faut comprendre le fait de signifier quelque chose à quelqu’un (par ex. : « signifier à quelqu’un son congé »), et non le fait d’avoir une signification. C’est la relation entre les signifiants qui prime sur la relation avec le monde.

1° Un signifiant est posé comme signifiant, c’est-à-dire qu’il signifie, il a du sens : S1.  2° Obligatoirement, il n’est signifiant que pour un autre signifiant, qui le pose : c’est S2. 3° Mais à son tour, S2 doit être signifiant : pour désigner cette réciprocité, cette fonction de signifiance, l’on pose un « grand Autre » (« père » ou symbole de tous les « petits » autres). 4° On déduit de cette chaîne la notion d’un Sujet, écrit $ pour distinguer sujet et signifiant, et pour bien symboliser le fait qu’un sujet n’existe comme signifiant que pour un autre signifiant, c’est-à-dire qu’il n’est jamais authentiquement « lui-même », jamais représenté une fois pour toute par un seul signifiant (qui s’auto-suffirait) : il est donc barré, toujours , toujours sur la sellette. Effet du signifiant, et toujours en dehors du signifiant, exclu comme tel. En même temps, sa place dans la structure est capitale, car il symbolise le fait que l’Autre (grand A) n’est pas un absolu, mais n’existe lui-aussi que pour un Sujet.

 

Réel

Il est bien clair que cette « loi du signifiant » est aussi la « loi du désir » : il suffit de remplacer le mot « signifier à » par le mot « désirer ». Ce qui nous introduit à la dimension du Réel. De la réalité le Réel ne conserve que son aspect le plus cru, le plus brut, impossible à symboliser. Il est ce qui ce qui résiste, insiste, ce qui ne se laisse pas apprivoiser. L’objet réel, nommé “a” (à la place de S1) par Lacan, n’est vraiment tel que lorsqu’il manque, ou lorsqu’il laisse à désirer… puisqu’il est toujours partiel et finalement absent : d’où la fonction d’un « grand Autre » là encore, symbolisant le « toujours désirable ». 

Le Réel, dans tous les cas, est ce qui dans la réalité ne va pas de soi, ne coule pas de source, fait obstacle au langage, et le plus souvent fait symptôme. Son symbole, c’est la Chose (en position d’exclusion dans la structure), le corps plein et mythique de la Mère, à jamais inaccessible en tant qu’objet. Tout objet de désir tend justement à pallier cette absence. Le désir n’est Loi ou fatalité que parce qu’il est premièrement désir d’une Chose impossible.

 

Imaginaire

L’Imaginaire est d’abord le lieu de la réflexion spéculaire, manifeste dans le « stade du miroir » par exemple. Par suite, la dimension de l’Imaginaire est celle de toutes les identifications aliénantes, à soi (moi-idéal) ou à l’autre (idéal du moi). Il est le meilleur moyen de ne pas être soi-même ; et c’est paradoxalement la seule façon qui nous est offerte d’habiter ce monde en s’habillant d’une « personnalité ». C’est la « réalité même » avec sa dose d’illusions plus ou moins nécessaires ou inévitables. C’est notamment la « vie de famille »… 

1° A l’objet correspond la Mère (non en tant que Chose, mais en tant que Mère épouse du Père). 2° Au sujet correspond l’Idéal du moi (l’enfant dans sa relation imaginaire avec le père réel). 3° A l’Autre correspond le Père, dit « Symbolique » — instance de la Loi (qui inter-dit la jouissance et préserve le désir). 4° Enfin ce qui symbolise le désir lui-même est encore quelque chose d’exclu, qui n’apparaît jamais dans le langage, mais sous forme de symptômes justement : le symbole phallique. Il est encore le symbole de la castration ou de la différence sexuelle. Mais pourquoi un attribut masculin pour désigner cette différence, en principe neutre ? Plusieurs raisons d’ordre anthropologiques peuvent être mises en avant, en ce qu’elles induisent certaines représentations imaginaires : déjà il est plus facile de symboliser une différence par ce qui se « voit » plutôt que par ce qui ne se voit pas, par une présence plutôt que par une absence. D’autres raisons tiennent aux conditions biologiques de l’existence humaine : à savoir, jusqu’à nouvel ordre, nous sommes tous issus du corps d’une femme et notre libido s’inscrit identiquement (filles et garçons) dans ce rapport, de sorte que la fonction du désir se connote d’emblée, naturellement, d’une couleur « virile » (l’objet primordial du désir étant une femme).

dm


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