Les structures existentiales, IV : la Sublimation

 

Fra Angelico – Annonciation – Musée San Marco, Florence


Outre la psychose, la perversion et la névrose, il existe une quatrième identification imaginaire qui n’est autre que la sublimation ; et c’est aussi une façon de surmonter toutes les autres.

La place est celle de l’Autre (ni Chose absolue, ni sujet actif, ni objet passif). L’Autre reste celui qui autorise le dé­sir, qui le rend possible. Sublimer équivaut à entretenir le désir, l’ouvrir, le nourrir. La sublimation consiste en une identification au Père symbolique. Mais n’oublions pas la vraie nature de ce Père symbolique, qui n’est pas le père réel (époux de la mère) ; il serait plutôt le « père mort », au sens où même mort, même absent physiquement sa fonction de Père peut et doit être reconnue. Le Père symbolique est une référence, il incarne essentiellement la Loi (du désir).

Conséquence : la Loi propre de la sublimation n’est autre que celle du désir. C’est une loi qui énonce ce qui est — donc qui n’est pas ignorée (psychose), transgressée (perversion), ou imposée (névrose). Mais pour énoncer ce qui est, et pour ne pas confondre ce qui est avec ce qui paraît être, le « sublimant » ne peut faire autrement que de nier ce qui n’est pas : c’est l’opération propre de la dénégation (à ne pas confondre avec le déni du pervers). La dénégation, marquée par les termes « ni..ni... », ou « ce n’est pas cela... », consiste à ménager en permanence la place de l’Autre, à tout faire pour que le désir ne se referme sur la satisfaction. La dénégation, de ce point de vue, s’assimile à l’écriture dans la mesure où celle-ci, originelle­ment, repose bien sur le « trait », sur le fait de tirer un trait sur la chose (l’objet), pour en garder le mot, et dans l’espoir d’en faire surgir toujours autre chose.

La sublimation se réalise essentiellement au moyen de l’Œuvre en général, et celle-ci apparaît en lieu et place de la Chose. Mais celle-ci n’est plus alors considérée comme un absolu : l’œuvre se sait toujours limitée, finie, mortelle. La cas­tration est donc quasiment acceptée.


Il existe plusieurs sortes de sublimations, et d’œuvres. 

La science, où l’œuvre apparaît en lieu et place du Père symbolique, c’est à dire au lieu même de la Vérité. Confusion fâcheuse d’un savoir, que constitue toujours l’œuvre, avec la vé­rité du désir... 

La religion, essentiellement perverse (bien que forme authentique de sublimation) parce qu’elle confond la Vérité avec son apparition dans un objet qui est le fétiche, le dieu tel qu’il se manifeste (cf. le double sens révélateur du mot « fétiche » : sens religieux et sens pervers). 

L’art, enfin, situe l’œuvre dans une réalisation subjective incarnant, d’une manière toujours quelque peu névrosée, la Vérité. L’art (ou la littérature) consiste à ne pas cesser d’écrire, de créer, c’est-à-dire à refuser (dénégation) de situer définitivement la vérité du désir. 

4° ... la place, pourtant convoitée, se doit de rester vacante, même si les psychanalystes pourraient la revendiquer. Le psychanalyste se distingue, il est vrai, par le fait qu’il fait œuvre sans jamais matérialiser (et donc refermer) cette œuvre nulle part : il se contente de laisser accoucher les autres (comme So­crate). Son œuvre, c’est l’Autre, toute de parole et non d’écriture.

dm


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