En France, aujourd'hui, toute personne condamnée à une infraction sexuelle grave se voit signifiée par la justice une "obligation de soin" qui, sans pouvoir naturellement lui être imposée de force, fait partie intégrante de sa peine, de son aménagement, et surtout peut contribuer à sa réduction. Des criminels se voient ainsi "adressés" par l'institution pénitentiaire à des psychologues, psychiatres ou psychanalystes, qui eux se voient réduits à devoir réaliser l'impossible : guérir des sujets qui sont le plus souvent inguérissables (puisqu’ils ne sont pas “malades”) ou qui ne demandent pas à l’être (pour la même raison). Ce qui peut paraître choquant n'est pas tant l'obligation faite aux criminels eux-mêmes que le dictat de l'institution à l'endroit des thérapeutes, contraints par la même "obligation de soin" et par-là même empêchés de travailler librement, selon leur éthique professionnelle propre. C'est une constante du discours du maître, qui est aussi celui de la science, de dissoudre la vérité du sujet dans un supposé intérêt collectif ; en l'occurrence, le discours juridique semble avoir abandonné toute référence à la subjectivité, à la faute, à la responsabilité, pour consacrer les valeurs utilitaristes de précaution, de prévention, de médiation. Globalement, la notion de criminalité disparaît sous celle de sécurité, de sorte que même qualifiée par certains de "laxiste", l'administration se pense et se présente avant tout comme sécuritaire. C'est encore une caractéristique du discours du maître, fonctionnant à l'imaginaire : à force de vouloir éradiquer le crime et la délinquance, tout en déniant leur identité structurelle, psychique et langagière, et en refusant de comprendre les mécanismes de répétition inconscients qui les sous-tendent, il ne fait (notamment sous sa face pénitentiaire, la pire de toutes) que pousser au crime et surtout encourager la récidive. Pas étonnant que les détenus ne songent qu'à monnayer l'obligation de soin (quand ils s'y soumettent), en vue d'une libération conditionnelle par exemple, sans songer à effectuer une véritable thérapie. Ces éléments "politiques", reflétant une position de maîtrise, donc perverse, sont de structure. Quant aux sujets de structure perverse, qui certes ne représentent qu'une partie de la population criminelle, ils demeurent imperméables à la moindre thérapie (et à la cure psychanalytique en particulier) tant qu'ils ne renoncent pas au mode de jouissance qui les a conduit à la prison et les condamne neuf fois sur dix à la récidive.

