Pour la psychanalyse le désir de l'homme obéit à une logique "phallique" actualisée sur fond de drame oedipien, associant fermement le désir à la Loi et à la symbolisation. L'identification phallique du sujet consiste donc en l'attribution d'un signifiant, précisément celui du manque qui conditionne tout désir. L'identification déployant le processus pervers n'échappe pas à la dimension phallique, même si, dans le contexte infantile "prégénital " où elle intervient, elle se réduit à instituer le sujet pervers en unique objet (phallique) du désir de la mère. Celle-ci incarne la jouissance en apparaissant tout d'abord comme un Autre tout-puissant, puis comme un Autre manquant : il le faut bien pour que l'enfant puisse se proposer de combler ce manque et régler son propre désir à cette enseigne. Cette identification phallique n'est rien moins qu'imaginaire et se voit contrariée par le réel de la castration sans cesse entrevu, sans cesse dénié. Cela a pour conséquence de barrer l'accès à la castration symbolique, celle qui consiste à assumer ce manque grâce à l'intervention médiatrice et symbolique du père (ou du tenant-lieu). Sur ce terrain imaginaire, le père reste un rival lui-même réduit au rang d'objet supposé du désir de la mère. Le phallus n'est pas encore cette fonction (et accessoirement cet organe) dont on dispose, dans le registre de l'avoir, mais cette chose imaginaire que l'on s'imagine être.
Pour le sujet pervers, c'est plutôt la mère qui a le phallus, attribution qui résume l'objet réel de son désir, soit la complétude ou la jouissance maternelle. Une telle disposition psychique, si manifestement irréaliste, ne peut qu'engendrer une "angoisse de castration" (l'angoisse étant une confusion des ordres de l'être et de l'avoir) et un ensemble de dispositifs défensifs destinés à la neutraliser. C’est bien le cas du fétichiste qui, s'il parvient à faire son deuil du pénis réel, s'empresse de lui trouver des équivalents, ce qui le conduit à vivre des situations de compromis en désirant des femmes "pourvues" de ce pénis. Le désaveu de la castration maternelle empêche le sujet d'accéder à la castration symbolique, dans la mesure où le père est vu comme un concurrent imaginaire et non comme un allié symbolique pouvant instituer une Loi neutre. Un père qui sera l'objet de tous les défis, une Loi qui sera l'objet de toutes les transgressions. Ce que le pervers ne peut pas symboliser autrement que sur le mode du tout ou rien (mode de l'être), et ce que représente justement la fonction paternelle dans la mesure où un père (qu’il soit un homme, viril ou non, importe peu d’ailleurs) est toujours "pour une femme" (mêmes remarques, inversées), ce n'est pas autre chose que le réel de la différence sexuelle. La castration n'est pas autre chose que cette symbolisation qui institue le droit au désir en tant que désir du désir de l'autre (le père est cet Autre médiateur pour l'enfant), et abandon du droit narcissique à l'objet initial du désir.
dm
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