Jamie Dornan vs Gillian Anderson dans la série The Fall
Le pervers est obsédé par la loi. Car même si son esprit est nié et sa lettre bafouée, il est important que la loi soit maintenue : sans elle, il n’y aurait ni défi ni transgression, ni perversion. Plus généralement nulle perversion n'a de sens, ou d'existence, en dehors d'une relation (dé)réglée à l'Autre. Il est vrai que le pervers dément et conteste la loi, qui est toujours la loi de l'Autre, et qu'il passe son temps à la piétiner ; cependant c'est au prix de se poser lui-même en législateur absolu, inventeur d'une Loi vraie, réelle, et définitive. Le pervers est un maniaque de la loi et de l'origine, donc de la loi originelle, celle qui confond en un seul principe l'Autre et le Même. Mais le pervers a ceci de particulier qu'il veut faire Un avec l'Autre ; c'est pourquoi il rétrocède au point limite où se confondent la Loi et la faute qui en est l'origine, de telle sorte que la Loi ne fasse plus faute.
Justement la loi humaine est toujours perçue comme ridiculement relative et empirique, pour le pervers, qui en est depuis toujours révulsé, traumatisé. Le pervers est celui qui a décidé de traumatiser cette loi humaine, pour sauver la vraie Loi. La loi menteuse doit être démentie. Il faut en effet sauver la Loi pour se préserver du manque de l'Autre. Pour cela il faut réduire l'Autre à la Loi, ce qui revient toujours à le réduire à Soi (comme le masochiste qui ravit toute initiative, toute autonomie à son bourreau en lui intimant de le punir, et qui en fait tout autant qu'un maître un esclave soumis à sa propre passion).
Le lien pervers, la Loi perverse consiste à réduire l'Autre dans la conflagration d'une jouissance elle-même confinée à une mise en scène, un fantasme, rabattue sur un fétiche monté sur le corps de l'Autre (d'abord maternel), et finalement jouissant à sa place. C'est le fétiche qui jouit dans l'affaire, d'être la source même de la Loi. En réalité le pervers confond la loi et le maître, dans le fétiche lui-même : par exemple le toxicomane fait fonctionner un produit comme fétiche, et celui-ci représente à la fois le seul maître et la seule loi auxquels il se soumet volontairement (même s'il en souffre, et s'il veut parfois en sortir). Relation strictement duelle, aliénante entre le sujet et son montage, dont il ne pourra s'affranchir qu'en desserrant d'une façon ou d'une autre l'étau de cette loi.
L’analyse est l’une des voies possibles pour rompre ce lien. Il faut éviter que le fétiche faisant la loi confisque la jouissance, et pour cela empêcher toute identification à la loi. La loi n'est que la limite nécessaire à la jouissance. La loi et la jouissance ne doivent pas être confondues fantasmatiquement. Ne pas dire : "la jouissance, c'est la loi !" (c’est la voie perverse) ni même : "la loi, quelle jouissance !" (c’est la voix/voie du surmoi, complice de la première) mais plutôt : "la loi, la jouissance" (simple apposition, c’est la voie d’une compatibilité entre loi et jouissance, et celle de la seule loi qui compte maintenant : celle du désir).
dm

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