Le pervers et l'énigme de la jouissance de l'Autre

 

Justine ou les malheurs de la vertu (BNF)


Il y a la question du névrosé : Ché vuoi ? Et celle du pervers : Que veut l'Autre ? Mais à la différence du premier, le pervers dispose d'un savoir indubitable, d'une réponse préétablie à la question : l'Autre veut la jouissance ! Il la lui faut, c'est une loi inconditionnelle, un impératif catégorique… De plus, le pervers interprète à sa façon cette jouissance et cet impératif : il s'agirait de purifier le corps de l'Autre, le nettoyer de son emprise par le signifiant, en se faisant soi-même l'objet réel dont il aurait été décomplété. Le pervers se veut l'instrument de la jouissance de l'Autre, un bouche-trou zélé soucieux de restituer un Autre vraiment absolu ; d'où sa tentation, fréquente, de rejoindre les plus fidèles serviteurs de Dieu (comme dans les écrits du marquis de Sade) - ou de Satan. Pratiquement, faut-il le préciser, le pervers parvient tout juste à une simulation, un simulacre de la jouissance de l'Autre au moyen d'une mise en scène piteuse, indéfiniment renouvelée. Sa condition réelle de serviteur ou de "prostitué de Dieu" l'effleure d'autant moins qu'il s'identifie imaginairement à l'Autre, se croit en communion avec l'Autre, est l'Autre.