La division spécifique du sujet pervers

 « …C’est le sujet reconstitué de l’aliénation au prix de n’être que l’instrument de la jouissance. » (Jacques Lacan)

Il ne suffit pas de dresser la liste des égarements polymorphes de la sexualité humaine pour parvenir au diagnostic de « perversion ». La psychanalyse freudienne, puis lacanienne, insiste sur le fait que la perversion est une position subjective au même titre que la névrose ou la psychose. Énumérons les quatre découvertes freudiennes à ce « sujet » : 1° distinction de la pulsion, de l’objet pulsionnel, et de la perversion (1905, 1915) ; 2° prépondérance du fantasme dans la perversion, en tant que nouage du sujet et d’un point de jouissance (1919) ; 3° la perversion n’est pas une question, mais une réponse, à la différence de la névrose et notamment de l’hystérie : autrement dit, la perversion n’est pas un symptôme (1920) ; 4° la fin de l’œuvre freudienne isole un mécanisme psychique inconscient où le sujet dit non à la castration, la verleugnung, terme traduit par « déni » ou « désaveu » : le sujet pervers est divisé de façon spécifique (1927).

Si la catégorie de « sujet » se déduit de l’œuvre freudienne, elle n’y est pas formée : elle apparaît chez Lacan comme sujétion au signifiant, et c’est cette sujétion que refuse le pervers, en même temps que la castration de l’Autre. Lacan montre comment le sujet pervers se « reconstitue de l’aliénation » en ne se référant qu’à un signifiant-maître (S1), auquel il s’identifie, et en se figeant dans la rigidité de l’objet, son « être », qu’il voue à la jouissance de l’Autre. Le fétiche sera construit à partir de cette coalescence du S1 et de l’objet. Des deux opérations d’où surgit le sujet chez Lacan, l’aliénation et la séparation, le pervers se pare et même se remparde de la seconde. Contrairement au névrosé, il choisit l’être plutôt que la pensée, ce qui ne l’empêche pas d’être un sujet, même si c’est un sujet pétrifié. La division, c’est chez l’Autre, qu’il prétend la causer, afin de pouvoir restaurer la plénitude perdue et se faire l’instrument d’une jouissance auquel il s’identifie lui-même. Il prétend être un serviteur, dans ce sens-là effectivement “sujet”, de la jouissance.

dm

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