La fin d’une analyse

 


Interminable ou pas, si la psychanalyse fait acte, c'est quand même parce qu'elle a une fin, comme par exemple de devenir analyste. "C'est au terme d'une psychanalyse supposée achevée que le psychanalysant peut devenir psychanalyste" dit Lacan. Cela peut être plus communément de "savoir y faire avec son symptôme", c'est-à-dire que l'analysant doit parvenir à un rapport positif, apaisé, voire heureux, avec son inconscient. S'il s'agit au départ d'accueillir cette hétéronomie fondamentale qu'est l'inconscient, le travail de l'analyse doit déboucher sur cette autonomie où le sujet est enfin à son désir (ce n'est pas l'autonomie de la volonté, kantienne). Ce désir d'autonomie qui est le sien dans la mesure où il s'est engagé dans le travail de la cure, c'est précisément ce qu'il avait jusqu'alors essentiellement refoulé, ce pourquoi il n'avait pas voulu payer le prix, soit se confronter à la pulsion de mort présente dans la sexualité.

Le moyen dont dispose la psychanalyse pour parvenir à sa fin, c'est, du côté de l'analysant, la fabrication de cette idole artificielle qu'est le "sujet supposé savoir", image projetée sur l'analyste, tandis que ce dernier, de son côté, se donne comme objet-déchet de la pulsion ou objet 'a'. Lacan le justifie dans sa théorie des quatre discours par la venue, dans le discours psychanalytique, de l'objet 'a' en place d'agent du discours, l'objet 'a' qu'il présente comme « être sans essence » ou encore « non-pensée » et qui n'est rien d'autre que le dépôt de la pulsion de mort.

Mais si le psychanalyste a le moyen de faire acte, c'est aussi - et ce n'est pas juste manière de dire - parce qu'il dispense sa grâce à l'analysant : il le relève de l'être de déchet fasciné à quoi celui-ci s'était réduit devant l'idole ; et il le rétablit dans la vérité, à commencer par la vérité de l'inconscient présente dans les symptômes. Ce n'est pas pour rien que Lacan a dit : "Une notion aussi articulée et précise que celle de la grâce est irremplaçable quand il s'agit de la psychologie de l'acte" (L’Ethique de la psychanalyse).

L'acte psychanalytique reste un acte de parole ; cette parole est acte à chaque fois que, par un jeu de mots ou une interprétation que l’analysant s’approprie aussitôt, le désir surgit, l’analysant se faisant sujet de cette parole qui est survenue. Évidemment il lui reste à devenir sujet de tout ce qu'il a pu dire, de l'ensemble de son histoire individuelle, tant qu'il n'assume pas comme tel son désir. Quant au symptôme, qui est la face jouissance de cette identité assumée (sinon retrouvée), il s’agit maintenant de “savoir faire avec”, voire le “tourner à son avantage” comme aurait pu dire Nietzsche., ce qui ne veut pas dire devenir maître es-jouissance (délire du pervers).

dm


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