La castration, le Phallus et le Nom-du-Père

S’agissant de la castration, il y a deux problèmes en un, comme le suggère le paradoxe d’une jouissance à la fois atteinte et refusée, atteinte parce que refusée. Dans un premier temps, donc, la castration se définit par cela même qu’elle barre à l’origine, et interdit, soit la jouissance absolue. Mais on peut aussi l’aborder par ce qu’elle autorise et construit, soit une jouissance dite “phallique” — car telle est la “loi du désir” —, avec en perspective la possibilité d’une “autre” jouissance, non seulement ou non entièrement castrée. Une autre ambiguïté réside dans la confusion généralement entretenue entre la castration elle-même, originelle ou plutôt structurelle, et le fameux “complexe de castration”, lequel n’intervient pourtant qu’à la suite du complexe d’Œdipe. Dans ce dernier cas il s’agit d’une réalisation subjective de la castration, d’une entrée réputée difficile dans le monde du désir à partir d’une position dite “homme” ou “femme”, tandis que dans le premier cas on ne fait que décrire une sorte de condition anthropologique générale. 

Intervient à ces deux niveaux le symbole du Phallus, signifiant du manque tant au plan symbolique qu’au plan imaginaire, à savoir que d’une part la jouissance incestueuse de la Chose apparaît comme interdite et surtout impossible, et que d’autre part une jouissance substitutive de l’objet (‘a’) se met en place à partir d’un manque central dans l’image désirée. Son caractère principal, qu’on l’envisage dans ses dimensions réelle, symbolique ou imaginaire, c’est d’être “pensable comme exclu" (Lacan), foncièrement isolable. Sur le plan dynamique, le Phallus apparaît comme le signifiant qui permet de substituer à la Chose une et originelle les objets multiples du désir, il trace les chemins de la jouissance. De là son double statut de signifiant de la jouissance et de signifiant du désir ; et pourtant il n’est véritablement ni l’un ni l’autre. En effet dans sa dimension symbolique le Phallus est le signifiant du manque, du manque de signifiant proprement, et donc d’abord de l’impossible jouissance absolue : il s’identifie alors à S(Ⱥ) soit le signifiant du manque dans l’Autre, la castration de la mère. Par là, plus positivement, il s’identifie aussi au langage et donc au désir, mais cependant il n’enjoint de désirer et de parler que sous la forme verbale du Nom-du-Père, signifiant occasionnel du désir et représentant du sujet (en tant que désirant) dans la chaîne du discours.

Le Nom-du-Père apparaît comme substitué au signifiant du désir de la mère, selon le schéma lacanien de la métaphore, qui ne tient compte que d’un seul signifié : le Phallus, en tant que signifiant du désir. Mais on aura compris que métaphoricité, signification et paternité symbolique sont équivalentes dans un registre où l’ordre symbolique s’oppose massivement au réel d’une jouissance dévorante et propose une jouissance phallique axée sur le langage et le signifiant. 

Seulement il est dans le principe d’une jouissance du signifiant d’être insatisfaisante et donc d’ouvrir une brèche vers une “autre” jouissance, jouissance en-corps réservée aux femmes (à la position "femme"). De sorte qu'on est fondé à distinguer  finalement 1) une jouissance de l’être impossible et indicible, 2) une jouissance phallique possible et effective, sexuelle en tant qu’appuyée sur les objets ‘a’ cause du désir rebaptisés pour l’occasion objets “plus-de-jouir”, 3) enfin une jouissance supplémentaire, autre que phallique donc féminine, autre que sexuelle mais pourtant corporelle. Jouissance de l’Autre en un sens, si l’on prend soin de découpler l’autre féminin de l’autre maternel (la Chose, qui revient à l’être).

Ainsi s’éclaire la phrase de Lacan selon laquelle “la jouissance, en tant que sexuelle, est phallique, c’est-à-dire qu’elle ne se rapporte pas à l’Autre comme tel" puisque dans la théorie de Lacan l’Autre apparaît lui-même comme divisé, sex-tionné, castré.

dm

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