De la loi de la castration à la loi du désir

La castration est cette loi qui fait barrage à la jouissance totale de la Chose tout en promettant une jouissance partielle, médiée par le langage. La castration établit (plus qu’elle n’interdit) que la jouissance de la chair comme telle est impossible au parlêtre. Il en résulte d’une part que pareille jouissance n’a jamais eu lieu vraiment, mais d’autre part qu’en dehors de l’être parlant, là où il y aurait totalité, il n’y a pas de jouissance du tout (seulement possession, dévoration). La jouissance doit donc s’incorporer, la chair devenir corps, et cela passe paradoxalement par l’exercice du langage qui est d’abord sujétion à sa loi, et donc castration. Celle-ci impose, non seulement des règles de langage, mais une symbolique corporelle qui tend à limiter la jouissance à la seule jouissance phallique. C’est la seule jouissance permise par la voie du symbolique qui conditionne le désir. Et cette “permission” inclut la nécessité de désirer à travers le complexe d’Œdipe, seule structure (et expérience) à même de déciller le sujet de son aliénation originelle, notamment à la “scène primitive” traumatique dont il est à la fois exclu et captif (pour l’enfant d’abord, la sexualité fantasmée de ses parents).

Mais afin de ne pas confondre l’obligation de désirer, ou la loi du désir, et l’obligation de jouir, autrement dit pour ne pas se donner une interprétation perverse de la loi de castration, qui reviendrait à la nier, il faut inclure un intermédiaire propre à retarder encore la jouissance tout en donnant du prix à l’objet. C’est l’amour. La jouissance phallique est elle-même interdite si elle ne passe pas par les lois du langage, en l’occurrence le champ de la demande adressée à l’Autre, à travers le philtre — c’est le cas de le dire — de l’amour. Le désir ne se demande pas, puisqu’il est la parole elle-même, dont l’usage est inconditionnel ; mais la jouissance, elle, se demande, non certes comme un objet, mais elle doit se paroliser pour atteindre l’Autre et se l’incorporer (toujours relativement). On peut donc définir l’amour comme cette demande de jouissance, qui “aboutit” plus ou moins, comme on le sait. Jouissance “demandée” qui tend même à inventer un nouveau rapport entre les sexes, puisqu’aussi bien il n’en existe aucun de naturel chez l’homme. Cependant le sentiment d’amour n’est pas vraiment la jouissance, cela on le sait aussi : l’appel de celle-ci nous fait retomber assez durement — insatisfaits — sur le roc de la castration. De sorte que si l’amour a ses règles, le désir reste la Loi du genre humain en tant que sujet au langage. Désir et castration d’un côté, du côté de la loi du langage ; amour et jouissance de l’autre, du côté de rien du tout, du côté où ça penche ...et où ça pèche.

dm

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